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vendredi 3 mars 2023

La représentation de l'Hôtel de Ville de Mons au début du XVIIIe siècle.

 




L'Hôtel de Ville de Mons
dans les éditions des Délices des Pays-Bas

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Mons en livres et en images : http://monsenlivresetenimages.blogspot.com/

 
    De 1697 à 1787, l'ouvrage bien connu sous le titre de Délices des Pays-Bas fut édité à dix reprises. L'indéniable succès de l'entreprise fit passer le nombre de volumes de un pour les deux éditions de 1697 et celle de 1700 à cinq pour celles de la fin du XVIIIe siècle. D'abord composé par J.-B. Christyn (éditions de 1697 et 1700), le travail fut complété par Fr. Foppens (éditions de 1711, 1713, 1720 et 1743) puis par H. Griffet (éditions de 1769 et 1786). De même que le texte fut augmenté, le nombre de gravures l'illustrant fut de plus en plus important au fil des éditions.

   Le but de ce petit article est de tenter d'établir une chronologie précise de la présence des gravures représentant la façade de l'Hôtel de Ville de Mons dans les différentes éditions des Délices dont voici le détail :


1°. 1697. Les Delices des Pais-Bas ou Description generale de ses dix-sept Provinces, de ses principales Villes & de ses lieux les plus renommez.
A Bruxelles, Chez P. Dobbeleer. MDCXCVII.
Édition en un volume.
Cette édition ne contient pas d'illustration.

2°. 1697. Les Delices des Pais-Bas ou Description generale de ses dix-sept Provinces, de ses principales Villes & de ses lieux les plus renommez. 
A Brusselle, Chez François Foppens. MDCXCVII.
Édition en un volume.
Cette édition contient un plan de Mons (entre les pp. 274 et 275).

3°. 1700. Les Delices des Pais-Bas ou Description generale de ses dix-sept Provinces, de ses principales Villes & de ses lieux les plus renommez dans la situation où ils se trouvent depuis la Paix de Ryswyck. Edition nouvelle, corrigée de beaucoup de fautes, et augmentées de figures et de remarques trés-curieuses.
A Brusselle, Chez François Foppens. MDCC.
Édition en un volume.
Cette édition contient un plan de Mons (entre les pp. 306 et 307).

4°. 1711. Les Delices des Pais-Bas. Contenant une Description generale des XVII Provinces. Edition nouvelle, Divisée en III. Volumes, augmentée de plusieurs Remarques curieuses, & enrichie de Figures. 
A Brusselle, Chez François Foppens. MDCCXI.
Édition en trois volumes.
Le tome II (titré : Tome Second qui comprend le Duché de Luxembourg, et les Comtés de Hainaut, d'Artois, de Namur, et de Hollande) contient un plan de Mons (entre les pp. 12 et 13) et, pour la première fois, la vue de l'Hôtel de Ville, par Pierre Devel (entre les pp. 14 et 15).

5°. 1713. Les Delices des Pais-Bas. Contenant une Description generale des XVII Provinces. Edition nouvelle, Divisée en III. Volumes, augmentée de plusieurs Remarques curieuses, & enrichie de Figures.
A Brusselle, Chez François Foppens. MDCCXIII.
Édition en trois volumes.

Le tome II (titré : Tome Second qui comprend le Duché de Luxembourg, et les Comtés de Hainaut, d'Artois, de Namur, et de Hollande) contient un plan de Mons (entre les pp. 12 et 13), la vue de l'Hôtel de Ville, par Pierre Devel (entre les pp. 14 et 15) et la vue de l'église de Sainte-Waudru (entre les pp. 16 et 17).

6°. 1720. Histoire generale des Pais-Bas, Contenant la Description des XVII Provinces. Edition nouvelle, Divisée en IV. Volumes, augmentée de plusieurs remarques curieuses, de nouvelles figures, & des evenemens les plus remarquables jusqu'à l'an MDCCXX. 
A Brusselle, Chez François Foppens. MDCCXX.
Édition en quatre volumes.
Le tome II (titré : Tome Second qui comprend les Provinces de Flandre, de Hainaut, le Cambresis et la Ville de Cologne avec ses Evêques) contient un plan de Mons (entre les pp. 266 et 267), la vue de l'Hôtel de Ville, par Pierre Devel (entre les pp. 268 et 269) et la vue de l'église de Sainte-Waudru (entre les pp. 272 et 273).

7°. 1743. Histoire generale des Pais-Bas, Contenant la Description des XVII Provinces. Edition nouvelle, Divisée en IV. volumes, & augmentée de plusieurs remarques curieuses, de nouvelles estampes, & des evenemens les plus remarquables jusqu'à l'an MDCCXLIII. 
A Brusselle, Chez la Veuve Foppens. MDCCXLIII.
Édition en quatre volumes.
Le tome II (titré : Tome Second qui comprend la Province de Flandre avec le Tournesis, et le Hainaut avec le Cambresis) contient un plan de Mons (entre les pp. 278 et 279), la vue de l'Hôtel de Ville, par Jean-Laurent Krafft (entre les pp. 278 et 279) et la vue de l'église de Sainte-Waudru (entre les pp. 282 et 283).
Certains exemplaires contiennent encore la gravure de Devel.


8°. 1769. Les Délices Pays-Bas, ou Description géographique et historique des XVII Provinces Belgiques. Sixieme Édition, revue, corrigée, & considérablement augmentée de Remarques curieuses & intéressantes.
A Liege, Chez J.F. Bassompierre, Pere, Imprimeur de S.A. & Libraire. M. DCC. LXIX.
Édition en cinq volumes.
Le tome III (titré : Tome troisieme, Contenant partie du Comté de Flandres, la Flandre Impériale, la Flandre Hollandoise, la Flandre Françoise, le Comté de Hainaut et le Cambresis) contient un plan de Mons (entre les pp. 230 et 231), la vue de l'Hôtel de Ville, par Jean-Laurent Krafft (entre les pp. 232 et 233) et la vue de l'église de Sainte-Waudru (entre les pp. 236 et 237). Il s'agit de la sixième édition revue, non comprises l'édition originale et celle de 1720 chez Wainne.

9°. 1786. Les Délices Pays-Bas, ou Description géographique et historique des XVII Provinces Belgiques. Septieme Édition, revue, corrigée, & considérablement augmentée de Remarques curieuses & intéressantes.
A Paris, Et se trouve à Anvers, Chez C. M. Spanoghe, Imprimeur-Libraire. M. DCC. LXXXVI.
Édition en cinq volumes.
Le tome III (titré : Tome troisieme, Contenant partie du Comté de Flandres, la Flandre Impériale, la Flandre Hollandoise, la Flandre Françoise, le Comté de Hainaut et le Cambresis) contient un plan de Mons (entre les pp. 196 et 197), la vue de l'Hôtel de Ville, anonyme, (entre les pp. 198 et 199) et la vue de l'église de Sainte-Waudru (entre les pp. 202 et 203).

10°. 1787. Les Délices Pays-Bas, ou Description géographique et historique des XVII Provinces Belgiques. Septieme Édition, revue, corrigée, & considérablement augmentée de Remarques curieuses & intéressantes.
A Paris, Et se trouve à Anvers, Chez C. M. Spanoghe, Imprimeur-Libraire. M. DCC. LXXXVII. Édition en cinq volumes.
Le tome III (titré : Tome troisieme, Contenant partie du Comté de Flandres, la Flandre Impériale, la Flandre Hollandoise, la Flandre Françoise, le Comté de Hainaut et le Cambresis) contient un plan de Mons (entre les pp. 196 et 197), la vue de l'Hôtel de Ville, par Jean-Laurent Krafft (entre les pp. 198 et 199) et la vue de l'église de Sainte-Waudru (entre les pp. 202 et 203).
 
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Les gravures représentant l'Hôtel de Ville.
 
 
Un peu d'histoire pour commencer...
 
  Selon les recherches de Christiane Piérard la décision du Conseil de Ville de reconstruire un Hôtel de Ville date de 1456. Les travaux de fondation débutèrent la même année et la pose de la première pierre eut lieu le 8 mars 1459. Le 17 (ou le 18) septembre 1477, le magasin à poudre qui se trouvait à l'arsenal explosa et une partie importante du nouvel édifice s'effondra.
   Suite à cet événement Mathieu de Layens (l'architecte de l'Hôtel de Ville de Louvain) fut sollicité, en mars 1479, par le Conseil de Ville pour reconstruire le bâtiment. Les difficultés financières ne permirent pas d'achever complètement l'édifice qui devait compter un second étage avec des tourelles d'angle.
   La couverture de la toiture d'abord en chaume fut ensuite remplacée par de la tuile. Gilles-Joseph de Boussu signale qu'en 1606 une violente tempête emporta la toiture qui fut alors recouverte d'ardoises. Cette toiture comportait, à l'origine, une dizaine de lucarnes étagées. Ces lucarnes et l'horloge furent démontées au XVIIIe siècle et remplacées par quatre lucarnes. Le campanile du charpentier François Tirou et du sculpteur J. Caffiaux fut construit en 1716-1718.
   En 1777, un balcon en fer forgé remplaça la bretèche de pierre qui était surmontée d'une statue d'une Vierge à l'Enfant.
   Les vues de l'Hôtel de Ville de Mons présentées ici le montrent donc tel qu'il était à la fin du dix-septième siècle.
 
 
La première gravure.

 
La Maison de Ville de Mons.
Gravure au burin, portant les mentions en bas, à droite : « P. Devel Sculp. Brux. »
Dimensions : trait carré : 197 x 140 mm., cuvette : 205 x 145 mm.

   Dans l'ouvrage de Christiane Piérard, L'Hôtel de Ville de Mons de 1456 à nos jours (catalogue de l'exposition consacrée aux hôtels de ville en Hainaut, en 1995, à la Salle Saint-Georges), on peut lire (p. 17) à propos de cette vue qu'elle est « sans doute la plus ancienne représentation de l'hôtel de ville ; elle a paru dans les Délices des Pays-Bas ou description géographique et historique des XVII provinces belgiques de Christyn et Foppens, dès la première édition de cet ouvrage, à Bruxelles, en 1697. » Et, plus loin la description précise : « Gravure sur cuivre, sur papier 136 x 195. Fin XVIIe siècle, par Krafft [...] ; elle a été recopiée notamment par Devel au XVIIIe siècle. »

   Cette description doit être corrigée puisque, comme indiqué plus haut, la première édition des Délices des Pays-Bas qui comporte une vue de l'Hôtel de Ville de Mons est celle de 1711 et non celle de 1697. Cette première gravure est l'œuvre de Devel ; c'est ensuite qu'elle a été copiée par Krafft et non l'inverse (il semble d'ailleurs assez raisonnable de penser que Krafft, né à Bruxelles le 10 novembre 1694, ne put être l'auteur d'une gravure publiée en 1697). La gravure de Devel continue d'apparaître dans les éditions de 1713 et 1720 (et certains exemplaires de l'édition de 1743).
   On ne sait que peu de choses à propos de Pierre Devel sinon qu'il était graveur à l'eau-forte et au burin, qu'il travaillait à Bruxelles durant la seconde moitié du XVIIe siècle et qu'il produisit surtout des vues d'édifices et des perspectives. Dans son dictionnaire des graveurs, Eugène De Seyn confirme bien que la collaboration de Devel aux Délices des Pays-Bas débute en 1711. La gravure de la collégiale Sainte-Waudru apparaît dans l'édition de 1713.

 

La deuxième gravure.
 
La Maison de Ville de Mons.
Gravure au burin, portant les mentions en bas, à droite : « Krafft fecit. »
Dimensions :   - trait carré : 193 x 135 mm.  - cuvette : 201 x 147 mm.
 
   La seconde gravure apparaît dans l'édition de 1743 des Délices de Pays-Bas ; elle est signé par J.-L. Krafft. Elle se trouve également dans les éditions de 1769 et 1787. Plus finement exécutée que celle de Devel, les détails y apparaissent plus clairement.
   Nous avons remarqué que certains exemplaires de cette édition contiennent encore la gravure de Devel.
   Jean-Laurent Krafft (Bruxelles, 10 novembre 1694 - 1er janvier 1768) laissa une œuvre importante dans laquelle on trouve notamment la vue de la ville de Mons publiée, en 1725, dans l'ouvrage que Gilles-Joseph de Boussu consacra à l'histoire de sa ville.
 
 
La troisième gravure.
 
La Maison de Ville de Mons.
Gravure au burin, sans aucune mention.
Dimensions :  - trait carré : 192 x 136 mm.  - cuvette : 200 x 158 mm.

   La troisième gravure se trouve dans l'édition de Spanoghe en 1786. Manifestement copiée sur celle de Krafft, elle ne porte aucune signature. Elle diffère par quelques détails parmi lesquels l'orientation des ombres, l'orientation du saint Georges surmontant la porte en bas à gauche, l'ouverture de cette porte, l'orientation de la sculpture surmontant la bretèche, etc.
   On peut s'étonner de la présence de cette copie dans une édition publiée en 1786 alors que la gravure portant la signature de Krafft était utilisée dans l'édition de 1787.

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Quelques détails
(extraits de la gravure de Krafft)
 

L'horloge
 
  
   Une horloge à double cadran et deux atlantes se trouve au centre du toit. La cloche ou « bancloque » (fondue à Dinant en 1390) qui se trouvait dans la tour du premier Hôtel de Ville dont la construction fut achevée en 1392, fut transférée dans le nouvel édifice. Aujourd'hui, elle est accrochée dans le campanile.  

  

La bretèche
 

   La bretèche (ou « bretèque ») se trouve au centre de la façade. Elle était en pierre, décorée de statues de lions. À l'arrière, sur le trumeau, se trouvait une statue de la Vierge qui provenait de l'ancien Hôtel de Ville.
   Cette bretèche, de laquelle les décisions du Conseil de Ville étaient communiquées au public, fut démontée en 1777 et remplacée par un balcon en fer forgé.    


La porte de la chapelle
 

   La porte, située sur le côté gauche de la façade, donnait accès à la chapelle échevinale Saint-Georges qui, jusqu'à la fin du XVIe siècle, se trouvait à l'arrière de l'Hôtel de Ville.
   Cette porte est surmontée d'une statue équestre de saint Georges.  

 

Le pilori
 

   Le pilori (ou guersillon) est ici représenté par les deux anneaux du carcan. C'est là qu'étaient entravés certains condamnés.
   À cet emplacement se trouve aujourd'hui une des portes d'accès à la salle des Sacquiaux.

Extrait du journal Le Guersillon (1844) d'Adolphe Mathieu (pp. 5-6) :
   « Guersillon : Collier de fer fixé à un poteau ou à un mur, et auquel on attachait, par le col et par les mains, les fraudeurs, les concussionnaires, les proxénètes, les Jacques Ferrand, les Robert-Macaire, les étrangers sans aveu, les filles d'une vie lubrique (pour employer le langage du temps), les vagabonds, etc.
   Les patients portaient sur la poitrine un écriteau indiquant le délit qu'ils avaient commis.
   C'est encore un de ces mille mots qu'on pourrait recommander à M. Hécart pour la prochaine édition de son dictionnaire rouchi-français.
   Roquefort écrit Gresillon, et lui donne cette signification : menottes, liens, attaches, fers que l'on met aux mains des criminels : « Henry de Malhetet fut mené par le bourreau, les grésillons es mains et les fers es pieds. » (Mémoires de Paris, an 1544.)
   Deux guersillons existaient ci-devant à Mons à front de l'Hôtel-de-ville ; ils étaient fixés parallèlement sur une porte figurée, à l'endroit où se trouve aujourd'hui l'entrée du bureau de la Permanence, anciennement la Salle des Pousse-culs ou des Saquiaux (comme on nommait alors les municipaux, les valets ou aides de police, les sergents de ville, etc....). Cette porte, en bois, à la hauteur des fenêtres, reposait sur un soubassement en pierre terminé par deux marches, dont la seconde, à partir du sol, supportait le siège des suppliciés.
   Tout porte à croire que ces guersillons dataient de la reconstruction de l'Hôtel-de-Ville, puisqu'ils figurent au plan formé en 1717 pour l'érection du dôme de cet édifice.
   C'est là qu'a été élevé, du vivant de M. Siraut père, le terrible banc de sable où ont été juridiquement assassinés le dominicain Richard, les malheureux paysans d'Anderlues et notre inoffensif compatriote M. Delneufcourt ; c'est là que trônent aujourd'hui, sur leurs chaises curales, le commissaire, les commissaires adjoints et les agents de police, sous la direction immédiate du commissaire royal premier magistrat de la cité. »
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Bibliographie :
 - De Seyn (Eug. M.H.), Dessinateurs, graveurs et peintres des anciens Pays-Bas. Écoles flamande et hollandaise, Turnhout, Brepols, pp. 70 et 124.
 - De Busscher (Edm.), Devel (Pierre), dans Biographie Nationale, t. 5, col. 834-835.
 - Engrand (Charles), Les Délices des Pays-Bas, miroir des Dix-sept provinces ?, dans Revue du Nord, n° 360-361 - 2005 2/3, pp. 487-511.

 - Hennebert (Henri), L'hôtel de Ville de Mons. Mons, Éditions Saint-Georges, 1949.

 - Mathieu (Adolphe), Le Guersillon. Mons, Mathieu, 1844.
 - Piérard (Christiane), La Grand-Place de Mons. Étude architecturale. Extrait du Bulletin de la Commission Royale des Monuments et des Sites, t. 3, 1973.
 - Piérard (Christiane), L'Hôtel de Ville de Mons. [Mons], [Office du Tourisme], 1995.
 - Piérard (Christiane), L'Hôtel de Ville de Mons. S.l., Ministère de la Région Wallonne - Ville de Mons, 1995 (collection « Carnets du Patrimoine », n° 10).
 - Piérard (Christiane), L'Hôtel de Ville de Mons de 1456 à nos jours. Catalogue de l'exposition présentée par le Cercle Archéologique de Mons en complément de celle organisée par Hannonia et le Crédit Communal sur les Hôtels de Ville et maisons communales en Hainaut du Moyen Âge à nos jours, à Mons, Salle Saint-Georges, du 9 au 27 septembre 1995. Mons, Cercle Archéologique de Mons, 1995.
 - Piérard (Christiane), Les grands chantiers qui ont façonné le visage de la ville, dans Images d'une ville. Mons, de 1200 à 1815. Bruxelles, Archives Générales du Royaume, 1997, pp. 30-33.

 - Piot (Ch.), Krafft (Jean-Laurent), dans Biographie Nationale, t. X, col. 793-796.

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mardi 13 septembre 2022

Confrérie de Saint-Jean le Décollé

 

 

Un livre peu courant.

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Regles de la Confrérie de St. Jean Décollé, dite de la Miséricorde, érigée en la ville de Mons, par autorité du St. Siége Apostolique et de Monseigneur l'Archevêque duc de Cambrai. Avec l'entretien pour la sainte Messe, la Pratique pour la Confession, pour la Communion, les sept Pseaumes de la Pénitence, et plusieurs autres Prieres trés-dévotes.

Mons, Lelong, s.d.
[Mons, / De l'Imprimerie de la Ve. Lelong.]
 


 

In-18, [1 (titre)], [1 bl.], [12 (préface et avertissement)], 249 (les pp . 239-249 sont erronément numérotées 229-239), [4 (approbations, table)], [1 bl.] p.


   Une première édition de ces Règles a été publiée par l'éditeur montois Michel Varret, en 1738.

   Hippolyte Rousselle n'a pas daté l'édition de la veuve Lelong dont l'activité d'éditrice commença en 1800 et se termina en 1834.

Avertissement :
   La confrérie de la miséricorde établie en cette ville au mois de février 1699, ne crut pas pouvoir mieux faire pour se bien conduire dans sa naissance, que d'adopter les regles de l'archi-confrérie de Rome,qui porte le même nom, et se propose la même fin.
   Si les confreres nos prédecesseurs furent assez heureux pour en prendre parfaitement l'esprit, ils ne furent gueres long-tems sans s'apercevoir qu'ils n'avoient en mais qu'une traduction assez informe de l'original italien, que plusieurs points y étoient énoncés d'une maniere obscure, que d'autres étoient peu conformes au génie de notre pays, et qu'il étoit expédient d'avoir des regles qui en conservant tout l'esprit convenable à la confrérie de la miséricorde, qui regne dans l'original, eût une netteté et une précision qui laissat moins lieu à une interprétation arbitraire, toujours sujette ou au relâchement, ou au péril de s'éloigner de sonpremier esprit.
   C'est pour prévenir cet inconvenient, et pour conserver dans notre corps sa premiere ferveur, que chacun de tous ceux qui le composent, a souhaité que ces regles parussent sous la forme présente ; ce n'est au reste qu'après bien des conferences, et des assemblées tant particulieres entre les Officiers, que générales de tout le corps de la confrérie, ce n'est qu'après bien des réflexions et des examens, et après avoir consulté plusieurs personnes récommandables par leur piété et par leur érudition que la compagnie les donne ainsi à présent, pour servir de regle invariable à tous, et à chacun de ses membres, et c'est dans la même vue qu'on y joint en faveur des consolateurs, et pour leur faciliter l'exercice de leur emploi, une maniere détaillée de disposer et d'assister les condamnés à la mort, et c'est enfin pour rendre complet ce livre destiné à nos usages, que l'on y a ajouté les prieres qu'on a coutume de réciter dans les différentes occasions ou nous nous trouvons, le reste n'y étant joint que pour contenter la dévotion que quelques uns pourroient juger leur convenir.

Table des matières :
   - Préface.
   - Avertissement.
   Chapitre I. Des Officiers de notre compagnie.
   Chapitre II. De l'ordre et de la maniere des scrutins qu'il faudra garder les élections.
   Chapitre III. De l'office et de l'autorité du Gouverneur.
   Chapitre IV. Des Conseillers.
   Chapitre V. Du Proviseur.
   Chapitre VI. Du Chambellan ou Trésorier.
   Chapitre VII. Du Secrétaire.
   Chapitre VIII. Des Consolateurs.
   Chapitre IX. De la maniere d'accompagner les ciminels au lieu du supplice.
   Chapitre X. De la maniere d'enterrer les suppliciés.
   Chapitre XI. Des Maîtres des Novices.
   Chapitre XII. Des Infirmiers.
   Chapitre XIII. Du Chapelain.
   Chapitre XIV. Des Sacristains.
   Chapitre XV. Du Serviteur à gages.
   Chapitre XVI. De la maniere de recevoir les Novices et de leurs obligations.
   Chapitre XVII. Des bonnes coutumes et de la correction des fautes.
   Chapitre XVIII. Des assemblées de notre compagnie.
   Chapitre XIX. De la maniere de procéder à la délivrance des prisonniers.
   Chapitre XX. Des taxes et des amendes établies pour maintenir la régularité dans la confrérie.
   Chapitre XXI. Des femmes et filles nos consœurs.
   Chapitre XXII. De la défense d'aliéner les biens stables de notre compagnie.
   - Sommaire des Indulgences de la confrérie de saint Jean décollé, dite de la miséricorde, à Mons.
   - Grace et Privilege, accordé par Sa Majesté, en faveur des confreres de la miséricorde.
   - Prieres du matin.
   - Prieres du soir.
   - Pratique pour bien entendre la Messe.
   - Exercice pour la Confession.
   - Prieres pour la Communion.
   - Amende honorable au Très-Saint Sacrement de l'Autel.
   - Petit Office de la Conception immaculée de la Vierge Marie.
   - Litanies de la Sainte Vierge.
   - Les sept Pseaumes de la Pénitence.
   - Litanies des saints.
   - Les Vêpres du dimanche.
   - A Complies.
   - Paroles tirées de l'Ecriture Sainte, pour servir de consolation aux personnes qui souffrent.
   - Avis utiles à ceux qui sont chargés du soin de consoler les personnes condamnées à la mort.

Bibliographie :
   - Rousselle (Hippolyte), Bibliographie montoise, n° 1386 pour cette édition et n° 627 pour l'édition de Michel Varret.

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mercredi 31 août 2022

Cour de l'Hôtel de Ville de Mons, par Louis Haghe


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HAGHE (ou Hagué, Louis) — Cour de l'Hôtel de Ville de de Mons.

Tournai, Dewasme et Cie, [1823-1824].


   Cette lithographie est la septième de la septième livraison de la Collection historique des principales vues des Pays-Bas, dédiée au Roi, imprimée par Josué Casterman (l'album comptait douze livraisons et 96 planches).
   C'est à l'initiative de l’éditeur tournaisien Antoine Dewasme et d'Auguste Prosper Basterot de La Barrière (Toulon, 1792 - Peripgnan, 1844) que l'édition de ce recueil, qualifié d'« incunable de la lithographie » fut réalisée.
   La vue de la Cour de l'Hôtel de Ville de Mons est signée par l'artiste tournaisien Louis Haghe (ou Hagué, Tournai, 1806 - Stockwell, 1886), élève du chevalier de La Barrière, dont la brillante carrière en Angleterre lui valut le titre de « dessinateur attitré de la reine Victoria ».


Dimensions :
   - Image : 155 x 217 mm.
   - Feuille : 292 x 419 mm.

 



Texte accompagnant cette estampe :
   En 1440, sous le gouvernement de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, les échevins de la ville de Mons, voyant, avec une extrême douleur, la misère qui accablait le peuple et l'indigence des malheureux ouvriers qui étaient sans travail, formèrent la résolution de faire bâtir l'Hôtel-de-Ville, pour leur donner, en travaillant, de quoi subsister. Ils demandèrent à leur souverain un décret pour le construire à la place d'un hôpital qui avait été fondé, l'an 1295, par Jean Vilain. Le duc de Bourgogne ayant accordé la demande des échevins, l'Hôtel-de-Ville fut commencé en 1441, et terminé en 1444, couverte de tuiles ; mais l'an 1606, les grands vents ayant emporté le toit, on le recouvrit d'ardoises. L'an 1718, on commença à travailler au dôme qu'on éleva au-dessus du toit, par suite d'une résolution prise en conseil de ville, le 27 septembre de la même année.


Bibliographie :
   - Sorgeloos (Claude), Collection historique des principales vues des Pays-Bas, dédiée au Roi.
   - 
Le Bailly de Tilleghem (Serge), La première époque de la lithographie à Tournai (1822-1826), dans Mémoires de la Société royale d’Histoire et d’Archéologie de Tournai, tome 2, p. 237-303.

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lundi 1 août 2022

Daniel Meisner - Vue de Mons (1638)

 

 
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MEISNER (Daniel).

Bergen in Hennegaw. Nicht dem baum sondern dem schatten.

Nuremberg, Fürst, 1638.

 



Gavure sur cuivre coloriée, extraite de la Sciographia cosmica, tome IV : Libellus novus politicus Emblematicus Civitatum Pars Quarta.
 

Dimensions :
   - Trait carré : 144 x 68 mm.
   - Cuvette : 148 x 97 mm.
   - Feuille : 205 x 160 mm.

 

Portrait gravé de Daniel Meisner
par Sebastian Furck.

   Daniel Meisner (Komotau, Bohême, 1585 - Francfort, 1625) fut l'auteur du Thesaurus philopoliticus, une collection de vues de villes d'après les travaux de Merian, Braun et Hogenberg, Münster, publié pour la première fois à Francfort, en 1623.
   La première édition contenait 52 vues.
   La seconde, considérablement augmentée, parut en 1624 avec 416 vues.
   La troisième, publiée par Paulus Fürst, à Nuremberg, en 1638, sous le titre Sciographia Cosmica, contenait environ 830 gravures ; celle consacrée à Mons, présentée ici, est la soixante-deuxième du tome IV, d'où la numérotation « D62 » dans l'angle supérieur droit.

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   Christine Gobeaux décrit la gravure dont « le titre en allemand est situé au-dessus de la ville, de part et d'autre de la tour à l'horloge. Le panorama est vu du sud-est. La gravure est illustrée, à l'avant-plan, par un homme debout sous l'ombre d'un arbre, à sa droite, un chasseur et son chien. Sous la vue de la ville, texte gravé en latin et en allemand.

 

   Les gravures de Daniel Meisner occupent une place particulière dans l'iconographie car chacune comporte une représentation emblématique et des vers en latin et allemand. Cette œuvre combine, en fait, deux genres très populaires à l'époque : les livres d'emblème et les atlas consacrés aux villes comme celui de Braun et Hogenberg.
   La vue de Mons montre de nombreuses similitudes avec celle parue dans l'atlas de Braun et Hogenberg : dans le tracé de l'enceinte, l'intérieur de la ville ; le nombre de clochers est le même. Seuls diffèrent nettement le ciel où le titre Bergen in Hennegaw s'inscrit de part et d'autre de la tour à l'horloge, et l'avant-plan. »

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   Le personnage qui se trouve à l'avant-plan, à gauche, n'est évidemment pas là par hasard. Dans la table de l'édition de 1626, un texte en allemand vient éclairer les citations latine et allemande qui figurent sous la gravure :
  
         Die sich einer oder der anderen religion gleisnerischer weise
         und mit den eisserlichen gebarden annemen nur amb ihres nusen willen
         find diesem mann gleich
         der in grosser sommerhise under dem baum stehend
         seinen hut ab dem haupt nimbt
         nicht dass er dem baum reverens erzeige
         sondern damiter destuhlen schattens geniesse.


   En mai 1572, l'investissement de la ville de Mons et son occupation par Louis de Nassau et ses soldats huguenots, puis son siège et sa reprise par les troupes du duc d'Albe, fut un épisode important des guerres de religions.
   L'auteur de la gravure profite de l'occasion pour évoquer la question de la conversion plus ou moins hypocrite au catholicisme : l'homme se découvrant devant l'arbre ne signifie pas qu'il fait sa révérence à l'arbre mais qu'il aime l'ombre...


Bibliographie :
   - Gobeaux (Christine), Mons au XVIe siècle. Catalogue descriptif des vues, plans et sièges, dans Annales du Cercle archéologique de Mons, t. 81, V.005, pp. 349-353.

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Toute collaboration étant la bienvenue, n'hésitez pas à me faire connaître vos commentaires, informations complémentaires, remarques, corrections...
Merci !

vendredi 1 juillet 2022

Léon Losseau et « Une Saison en enfer » d'Arthur Rimbaud

 

 


Histoire de la découverte
par Léon Losseau
des exemplaires perdus
de l'édition d'Une Saison en enfer

 
Si vous souhaitez reproduire tout ou partie de cet article,
merci de ne pas oublier d'en citer la source :
Mons en livres et en images : http://monsenlivresetenimages.blogspot.com/

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RIMBAUD (Arthur).

Une Saison en enfer.

Bruxelles, Alliance Typographique (M.-J. Poot et Compagnie), 1873.

 

 


In-12 broché, 53 p., quelques rousseurs éparses à la couverture et à la tranche, édition originale.

 

    Christian Galantaris décrit ainsi cette célèbre édition : « couverture imprimée en noir et rouge tient lieu de titre. Le texte commence ex abrupto à la page une. Tout au long, dix-sept pages sont restées blanches, soit par le fait d'une censure de l'auteur ou extérieure du dernier moment soit à cause d'une erreur d'imposition ou pour toute autre raison non encore éclaircie. » Et il ajoute à propos de son exemplaire : « broché, tel qu'il convient de posséder cette immatérielle plaquette. »

   Afin de mieux faire connaître l'histoire de ce livre, il nous semble utile de reproduire ci-dessous le texte dans lequel « l'inventeur – au sens archéologique du terme – de l'œuvre de Rimbaud décrit les circonstances de sa découverte et le contexte dans lequel elle se déroula. Ce texte fut publié à Bruxelles, en 1916, dans l'Annuaire de 1915 de la Société des Bibliophiles et Iconophiles de Belgique puis, à Mons, en 1919, dans le septième fascicule du premier Bulletin de la Société des Bibliophiles Belges séant à Mons (pp. 311-323).

 

 

La légende de la destruction par Rimbaud de l'édition princeps de
« Une Saison en Enfer ».

Communication faite par M. Léon Losseau
à la séance de la Société des Bibliophiles
du 12 juillet 1914.
 
 


   À la fin de la séance que la Société à tenue chez moi le 24 novembre 1912, je me suis fait un plaisir d'offrir, à titre de souvenir de la réunion, à chacun de nos confrères présents, une petite plaquette d'aspect très modeste, en me bornant à dire qu'elle était d'une grande rareté.
   Du format 175 x 125, elle a 53 pages paginées ; dont sept feuillets sont blancs au recto et au verso et dont trois autres au verso seulement – restent 57 moins 17 soit 36 pages imprimées –, sans titre, ni faux-titre, ni table. La couverture en papier blanc légèrement plus fort que celui de l'intérieur, porte, dans un cadre en filets maigres, le titre, le prix et l'adresse de l'imprimeur.
   Cadre et titre en noir, sauf les mots « Une Saison en Enfer » qui sont en rouge.
   L'œuvre est datée in fine avril-août, 1873.
   C'est l'édition princeps du seul recueil qu'ait publié Arthur Rimbaud, le jeune ami de Verlaine.
   À l'exception de six exemplaires, tous connus, et que se disputent les plus célèbres d'entre les bibliophiles, l'édition était réputée avoir été détruite par l'auteur aussitôt après sa sortie de presse.
   Et la légende était admise par tous sans discussion.
   Mais au lendemain de la distribution que je vous ai faite, un littérateur montois, à qui j'avais demandé de garder le silence jusque là, Polydore Flandre, – c'est un pseudonyme – dans la biographie imaginaire qu'il donnait comme préface à la traduction par M. Arthur Cantillon de poèmes imaginaires d'un poète imaginaire – John Littlebird – écrivit :

   « Quoiqu'il en soit, avant de mourir, il (Littlebird) brûla la plupart des exemplaires de son livre. On a voulu, à cet égard, le comparer à Rimbaud, mais celui-ci n'a point détruit sa Saison en Enfer, bien que M. Paterne Berrichon le prétende »

   Et il adressa, en soulignant le passage, un exemplaire de la brochure à M. Paterne Berrichon, qui est le beau-frère de Rimbaud – beau-frère posthume, pourrions-nous dire puisqu'il n'a épousé la plus jeune sœur du poète que plusieurs années après la mort de celui– et qui s'est fait de Rimbaud le biographe, l'éditeur, l'interprète et le commentateur, le tout avec une grande ferveur, une piété touchante et des sentiments d'exclusive admiration.
   Grand émoi de M. Paterne Berrichon. Vite avisé que Mons est la cité du père du comte de Fortsas, que l'on y aime les supercheries, qu'on les y cultive encore, témoin John Littlebird, il s'imagina que la phrase qu'on lui communiquait était une nouvelle supercherie montoise. Il s'indigna de voir Polydore Flandre contester son affirmation de la destruction de l'édition, protesta avec véhémence et la maintint tout entière. Polydore Flandre lui répondit en affirmant la possession par un bibliophile montois de plus de quatre cents exemplaires de la plaquette. M. Berrichon ne voulut pas se rendre. Après la supercherie, il crut à une fraude, à une réédition de contrefaçon, mais la comparaison qu'il put faire de l'exemplaire que lui adressa Polydore Flandre avec l'un des six exemplaires que l'on croyait seuls sauvés lui imposa aussi d'abandonner cette idée. Il en chercha d'autres, ne voulant pas renoncer à sa version de l'autodafé et après sept mois de correspondances, d'affirmations et de vérifications, dans une lettre au Figaro publiée dans le n° du 27 juin 1914, il parle encore des exemplaires « soi-disant retrouvés à Mons » et du « geste de Rimbaud en 1873 ».
   Entretemps M. Paterne Berrichon avait beaucoup parlé. Arrivée aux oreilles des journalistes, l'aventure a fait le tour de la presse. Chacun l'a narrée à sa façon et sur un fond de vérité, a brodé une jolie histoire.
   L'un de nos plus éminents concitoyens, avec le charme qu'il donne à sa parole et à tout ce qu'il écrit, l'a racontée dans le journal qu'il inspire.
   Vous avez lu ces articles.
   C'est ce qui me paraît m'autoriser à vous reparler de la brochure et à vous donner aujourd'hui des détails que je n'avais pas cru pouvoir vous donner en novembre 1912.

*
* *

   Rimbaud, le poète du fameux sonnet des voyelles, avait, à seize ans, écrit ses plus beaux vers ; à dix-neuf, au lendemain presque de l'impression de la Saison en Enfer, son œuvre est terminée, il disparaît pour la littérature ; de dix-neuf à trente-sept ans, il voyage ou vagabonde, finit par faire le commerce des armes chez Ménélik et revient en Europe, à Marseille, d'où l'on ne peut le transporter dans sa famille, et y meurt à l'hôpital. Rimbaud a des admirateurs fervents. Certains estiment que son influence fut considérable, M. Paterne Berrichon le tient pour la « Jeanne d'Arc » de la littérature française moderne.
   « Jeanne d'Arc » est joli pour parler de l'ami de Verlaine, de la victime des coups de pistolet qui valurent à Verlaine une condamnation à deux ans de prison et sa détention à la prison de Mons.
   Sa psychologie suscite les plus curieuses études, les plus passionnées. Il y a un « problème Rimbaud ». Son adieu à la littérature à dix-neuf ans, son adieu brusque, absolu, sans rémission, tourmente ses fidèles, inquiète ses interprètes. C'est sur le sens à lui donner qu'ils discutent, qu'ils se disputent, qu'ils échangent des mots mal sonnants même.
   Aussi tout est-il d'importance qui s'y rapporte.
   Et surtout la destruction au lendemain même de l'impression, de la seule œuvre qu'il ait fait imprimer.

*
* *

   C'est Darzens, préfacier du Reliquaire, en 1891, peu de temps après la mort du poète, qui, le premier, constatant qu'il ne reste que peu d'exemplaires de la Saison en Enfer, – il n'en cite que trois, le sien, celui de Richepin et celui de Verlaine – en conclut à la destruction par Rimbaud « de la majeure partie des exemplaires ».
   Six ans après, M. Paterne Berrichon reprend la conclusion, en fait une affirmation et raconte avec détails l'histoire de l'autodafé.
   Il faut vous lire son récit :

   « Une Saison en Enfer terminée, il envoya le manuscrit aux éditeurs Poot et Cie. Ensuite, il se rendit à plusieurs reprises dans la capitale belge – ce qui prouverait qu'il n'en avait pas été expulsé au moment du procès – pour, sans nul doute, y surveiller l'impression de son livre. C'est croyons-nous, lors d'un de ces voyages qu'il fit porter à Verlaine, détenu aux Petits Carmes, l'exemplaire possédé actuellement par M. Louis Barthou.
   « Aussitôt l'édition confectionnée, Rimbaud, ne voulant pas apparemment qu'elle fut mise en vente, la rapporta tout entière à Roche. Quelques jours après, il fit parvenir à son ami J.-L. Forain un lot de trois ou quatre exemplaires, destinés – nous écrit M. Jean Richepin – à Ponchon, Forain, un autre et lui, Richepin. Puis il partit pour Paris. C'était vers la fin d'octobre de cette année 1873.
   « Alfred Poussin, le poète des Versiculets, nous a dit l'avoir rencontré le 1er novembre près de l'Odéon, au café Tabourey, fréquenté presqu'exclusivement par les littérateurs. L'ayant vu à l'écart de tout le monde et assis devant une table non servie ; l'auteur de La jument morte, arrivé récemment de sa province avec le désir de se créer des relations dans le monde des lettres, lui offrit à boire, pour la seule raison que le garçon servant avait, non sans dédain, désigné le solitaire comme un poète. Rimbaud était pâle et, de même qu'à l'ordinaire, muet. Son attitude, ainsi que son visage, décelait quelque chose de virilement amer et de redoutable, qui impressionnait. Il ne répondit pas aux propos amènes de son amphitryon imprévu – et Poussin, le reste de sa vie, devait garder de cette rencontre un souvenir d'effroi. Cependant, à côté, les autres consommateurs causaient de Rimbaud entre haut et bas, sinistrement et avec une bêtise lâche.
   « À la fermeture du café – aube du Jour des Morts – le calomnié reprit à grandes enjambées le chemin des Ardennes.
   « Arrivé à Roche, il jeta au feu le tas presque intact des exemplaires d'Une Saison en Enfer. Il brûla, en même temps, tout ce qui de ses manuscrits antérieurs se trouvait à la maison.
   « Et c'est ainsi qu'en pleine adolescence, ses dix-neuf ans venait de sonner, Arthur Rimbaud consomma la « trahison au monde » de son verbe miraculeux.
   « Le poète se naufrageait lui-même. Mais les épreuves de son embarcation, recueillies, sont à présent des phares. »

   Comme vous l'avez remarqué, ce récit se borne à des suppositions : « sans nul doute » « croyons-nous » « apparemment » et à de simples affirmations. Et lorsqu'on sait que M. Paterne Berrichon ne parle pas de science personnelle, on est en droit de lui demander ses sources. Or, quand il dit : « Arrivé à Roche, il jeta au feu le tas presque intact des exemplaires d'Une Saison en Enfer », il se base sur le témoignage de la famille de Rimbaud.
   « En 1873, m'écrivait-il récemment, la famille de Rimbaud a vu dans la chambre du poète des exemplaires en assez grand nombre, empilés sur la table et répandus un peu partout. Elle a constaté ensuite la disparition de ces exemplaires coïncidant avec un autodafé de papiers. »
   La famille de Rimbaud, c'est la seule survivante, sa sœur cadette, celle que M. Berrichon a épousée. C'est elle seule qui aujourd'hui, pourrait affirmer qu'elle a « vu ». Et à cette époque, elle n'avait que dix ans.
Son témoignage, c'est le récit, vingt-cinq ans après – la première édition de la biographie de M. Paterne Berrichon date de 1897 – non pas même de ce qu'elle a « vu », mais de ce qui s'est passé en dehors de sa présence lorsqu'elle avait dix ans.
   Quelque respect que nous ayons pour la sincérité de son souvenir, il me semble qu'il est permis de n'en retenir les détails qu'avec beaucoup de circonspection. Qu'il suffise pour établir qu'à son retour à Roche, Rimbaud ait brûlé des papiers, des documents, je le concède, mais il ne peut me suffire pour établir plus, non seulement la nature, mais la quantité de ce qui a été brûlé, lorsqu'elle avait dix ans, alors qu'elle ne dit même pas qu'elle a vu brûler. Après un autodafé de papier, la famille n'a plus revu les exemplaires que Rimbaud possédait de Une Saison en Enfer. C'est tout ce que dit le témoignage.
   Si je discute le témoignage de la sœur de Rimbaud, je ne songe en aucune manière, je le répète, à mettre en doute son absolue sincérité, mais je pense être autorisé à le peser et fondé à critiquer ce que l'on cherche à en tirer.
   Pour affirmer la destruction, on n'a que ce fragile témoignage qui est déjà un témoignage indirect.
   Tout le reste est de seconde main, soit qu'il se base sur ce témoignage, soit qu'il se tire de la seule existence jusqu'alors connue de trois exemplaires (Darzens), quatre (Maurras), six (Berrichon).
   Et il est à remarquer que Verlaine qui, en 1883, a révélé Rimbaud, s'est fait son premier biographe dans les Poètes Maudits, qui a recherché les œuvres de Rimbaud, et en 1883, en 1886 et en 1892, en a publié des fragments, fragments qu'il a ensuite rassemblés en 1895 sous le titre de Poésies complètes, Verlaine, qui cependant devait être renseigné et eût pu se renseigner, n'a pas fait la moindre allusion à la destruction de l'édition de la Saison en Enfer, il se borne à dire qu'« elle sombra corps et biens dans un oubli monstrueux, l'auteur ne l'ayant pas lancée du tout. »
   Que l'on est loin du geste de la destruction, du « il jeta au feu le tas presque intact des exemplaires d'Une Saison en Enfer » de M. Berrichon.
   Et cependant, depuis la première biographie de M. Paterne Berrichon, tous ceux qui se sont occupés de Rimbaud ont admis son récit sans le discuter, même André Baunier, dans son excellent article de la Revue de Paris, même un littérateur, qui double un brillant procureur de la République, et qui dans ses écrits sur Rimbaud fait montre d'un esprit critique très aiguisé, M. Marcel Coulon.
   Dans les Marges d'août 1913, M. Marcel Coulon commence sa critique de la nouvelle édition de Rimbaud que venait de donner M. Berrichon, par cette affirmation : « on sait que l'œuvre de Rimbaud nous est parvenue contre sa volonté formelle. Qu'il n'a rien publié (hormis deux poèmes) que Une Saison en Enfer, dont il détruira l'édition sitôt parue : octobre 1873 ».
   Et dans le Mercure de France du 16 novembre 1913, il dit encore :

   « Pendant que Verlaine entame les deux ans de détention que son acte lui vaudra, Rimbaud, expulsé de Belgique, revient à Roche, près Vouziers berceau de sa famille maternelle et prépare l'édition d'Une Saison en Enfer. Elle paraît en octobre à Bruxelles. Il la jette immédiatement au feu. La littérature ne la reverra plus. »

   En face de cette version et pour la contredire, se dresse la trouvaille que je fis un jour et je vous demande de vous la conter.

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   C'était en 1901.
   Je recherchais un tirage à part de la Belgique judiciaire, recueil qui, pendant soixante ans, fut imprimé à Bruxelles, par une association ouvrière dissoute depuis, l'« Alliance typographique ». Et dans l'espoir d'en dénicher un exemplaire, le gérant, M. Deghislage, et moi, nous remuions le magazin de l'atelier.
   Vous comprendrez quelle fut l'émotion que ressentit le bibliophile lorsqu'il vit ce que contenait un ballot sali, maculé, couvert de poussières que parmi d'autres il venait de soulever :
   Des centaines d'exemplaires de la Saison en Enfer de Rimbaud !
   J'avais lu l'article de Maurras dans la Revue encyclopédique et j'en avais retenu combien étaient rares les exemplaires connus de l'édition de Bruxelles du recueil.
   Le gérant, qui était déjà ouvrier dans l'atelier en 1873, me dit se souvenir que l'auteur ayant dû quitter la Belgique à l'époque de l'impression, n'avait jamais payé sa note et qu'on avait gardé le ballot.
   Je lui proposai de l'acquérir et il me fit un prix que j'acceptai.
   Non sans avoir auparavant, pour m'assurer qu'il ne s'agissait pas d'une réimpression en contrefaçon, fait reprendre le grand livre de l'atelier et constaté que le renseignement relatif au non paiement par l'auteur était exact. La possession était donc légitime. Je constatai en même temps que le ballot, intact, contenait le nombre d'exemplaires portés au livre comme ayant été imprimés.
   Un certain nombre d'exemplaires détériorés par l'eau qui avait percé le tout furent jetés dans le grand poêle de l'atelier et je me fis expédier les 425 exemplaires.

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   L'édition de Une Saison en Enfer n'a donc pas été détruite par Rimbaud. Elle ne lui a pas été livrée parce qu'il n'a pas payé son imprimeur et celui-ci l'a conservée.
   L'histoire est prosaïque.
   Rimbaud n'a donc reçu de son imprimeur que quelques exemplaires, les six souvent, dix ou douze exceptionnellement, qu'il est d'usage chez les imprimeurs d'envoyer à l'auteur sitôt qu'il y a des exemplaires prêts.
   Ce sont les exemplaires qu'il a distribués. On en connaît six.
   Si Rimbaud a détruit des exemplaires et cela reste fort problématique, ce ne peut donc être que ceux en bien petit nombre qu'il avait reçu de son imprimeur, en outre de ces six qu'il est certain qu'il a distribués.
   Aux biographes, aux commentateurs de Rimbaud, à ceux qui étudient « le problème de Rimbaud » de tirer de ces faits les déductions, les conclusions qu'ils estimeront. Je leur laisse à le faire.
   Mais ce dont il est impossible d'encore parler, ainsi que le fait cependant M. Paterne Berrichon dans sa lettre au Figaro du 27 juin, c'est d'un geste de Rimbaud marquant sa volonté de détruire l'édition.

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   Des six exemplaires connus avant ma trouvaille, quatre sont ceux qu'au dire d'une lettre de Jean Richepin à M. Paterne Berrichon, Rimbaud adressa à Forain, à Ponchon, à Richepin et à un quatrième.
   Ponchon et Richepin ont conservé les leurs et les gardent jalousement.
   Celui de Forain est passé à Darzens lequel l'a cédé à M. Saffrey, le célèbre collectionneur d'œuvres de Rops.
Le quatrième est celui que possède actuellement Gineste.
   Un cinquième exemplaire appartenait à Pierre Dauze et figurait dans la vente récente de sa bibliothèque. Il y a atteint, au dire des journaux, le prix de 480 fr. plus les frais. Pierre Dauze, à ce que l'on m'a dit, racontait avoir acquis son exemplaire à Toulouse, dans une boîte à deux sous. Ce peut être vrai, mais Pierre Dauze ne passait pas pour renseigner exactement sur l'origine des joyaux de sa bibliothèque.
   Enfin, le sixième exemplaire, le plus célèbre, est celui qui fait la joie de M. Barthou. Le nom A. Rimbaud de la couverture en est assez grossièrement gratté au canif. Et au verso de la couverture, d'une très petite et très fine écriture à l'encre, une dédicace : À Paul Verlaine, et la signature A. Rimbaud. C'est l'exemplaire de Verlaine et c'est sur lui que furent faites la réimpression de la Vogue en 1886 et les réimpressions successives, notamment toutes celles de M. Berrichon.

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   C'est dans le but de vous offrir des exemplaires de cette rareté bibliophilique la première fois que vous viendriez tenir une séance chez moi, que j'achetai la « Saison en Enfer ».
   Le « tour de rôle » me fit malheureusement attendre près de douze ans.
   Entretemps, j'avais remis des exemplaires à quelques amis intimes et sur la demande qui m'en a été faite, j'en remis en outre quatre destinés à Émile Verhaeren, Maurice Maeterlinck, Viellé-Griffin et Stefan Zweig – par suite d'une erreur, l'exemplaire destiné à Maurice Maeterlinck ne lui a pas été remis – puis un nouveau destiné à un autre littérateur, mon confrère et ami François André.

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   J'avais demandé à ceux que j'avais mis au courant de ma trouvaille de ne pas la publier avant la distribution que je me proposais de vous faire.
   Je désirais du reste ne pas l'ébruiter ne voulant pas faire de la peine aux heureux possesseurs des fameux six exemplaires et ne voulant pas par mon fait influer sur le cours de ces exemplaires.
   Mais le révélation de Polydore Flandre a mis en émoi, non seulement M. Paterne Berrichon, mais les bibliophiles qui avaient acquis à lourds deniers sonnants certains des six précieux exemplaires.
   Dans sa correspondance avec Polydore Flandre, M. Paterne Berrichon lui dit un jour que l'un d'eux désirait vivement me voir détruire les exemplaires que je possédais. Et peu de temps après, M. Paterne Berrichon ayant appris que j'étais à Paris, y vint me rendre visite et me demanda de me laisser conduire chez ce bibliophile.
   Tous deux cherchèrent à me convaincre qu'il fallait détruire, continuer le geste de Rimbaud, disait M. Berrichon, empêcher que le joyau du bibliophile cessât d'être un joyau, disait le bibliophile. Je réservai ma réponse jusqu'au jour où j'aurais consulté mes amis bibliophiles belges.
   Que faut-il faire ?
   Détruire,
   Distribuer largement,
   Conserver et ne plus distribuer.
   Me permettez-vous, mes chers confrères, de vous demander votre avis ?

 



 

Bibliographie :
   -
Losseau (Léon), La légende de la destruction par Rimbaud de l'édition princeps de « Une Saison en enfer ».
   - Carteret (Léopold), Le Trésor du bibliophile romantique et moderne, tome II, p. 271.
   - Galantaris (Christian), Verlaine, Rimbaud, Mallarmé, catalogue raisonné d'une collection, n° 220.

 

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